jeudi 7 juillet 2011

Pater : Entre Fiction & Réalité

Difficile d’être mesuré quand il s’agit du dernier film d’Alain Cavalier. A en voir certaines mines interloquées, déconfites à la sortie du ciné, ou d’autres exaltées, il devient dès lors difficile de se prononcer, objectivement.

Les sentiments sont plus que partagés. Il faut reconnaître que rares sont les films suscitant des avis si mitigés. Car Pater est un film sans en être un. Il est une fiction, empreinte de réalité, ou peut-être l’inverse, une réalité teintée de fiction. Oscillant entre film et documentaire, fiction et réalité, autodérision et sincérité, Pater s’inscrit dans la ligne directe de films comme le Bal des actrices (2007) ou La vie au ranch (2009), pour ne citer qu’eux. Il est un ensemble de saynètes de la vie quotidienne, un mentir-vrai à la Aragon. Difficile dès lors d’y établir un synopsis. Pater est-il une fiction entre un président et son premier ministre, ou un délire entre deux amis, entre un réalisateur et un acteur ? Probablement tout cela à la fois, si bien qu’il n’est finalement ni l’un, ni l’autre.

Cavalier, président de la République française nomme son nouveau premier ministre, Vincent Lindon, chef d’entreprise qui a fait de la lutte contre les inégalités sa priorité. Il dirige son entreprise brillamment. C’est ce qui plaît à Alain qui le nomme, le forme et le prend sous son aile, tel un père avec son fils, un maître avec son disciple, un réalisateur avec son acteur, pour qu’il prenne, peut-être un jour, sa place, qui sait.

De là naît la complexité du film d’Alain Cavalier. Car Pater est un film dans le film, Vincent est à la fois Vincent Lindon, acteur connu et reconnu, engagé aussi, et Vincent, chef d’entreprise d’une cinquantaine d’années qui choie ses employés comme personne. Il est parfois difficile de cerner quel rôle joue Vincent. Est-il l’acteur ? Ou le chef d’entreprise ? Il oscille entre l’un et l’autre mais le spectateur ne s’y perd pas. Quoique, parfois, il lui est difficile de faire la part entre les deux. Car l’entrepreneur et l’acteur se ressemblent comme deux gouttes d'eau. La frontière entre l'entrepreneur, futur ministre et l'acteur est friable, surtout dans leur engagement politique. Lindon a su se faire entendre par le passé et n’hésite pas à l’arborer, ne serait-ce que dans le choix de ses films, La Belle Verte (1996), Ma petite entreprise (1999) et Welcome (2009) en première ligne. Il est comme ça Vincent, engagé. Alors pourquoi serait-il différent dans Pater, pourquoi ne pas être lui-même ? C’est aussi comme ça qu’on l’aime.

Et puis il y a Alain, le réalisateur, le Président de la République. Pour le coup, Alain semble être davantage Président que réalisateur, davantage un acteur. Probablement encore plus éblouissant que Vincent. Alain, ce président profond, sincère, drôle, à la voix suave, au ton solennel, au visage espiègle, jetant de subtiles regards, goguenards et complices, à sa caméra. Une finesse de jeu rare.

Et puis il y a le plus troublant, les dialogues. Vraisemblablement peu travaillés, peu approfondis, drôles, indigestes, crus, littéraires, futiles ou inutiles mais qui leur donnent cette teneur tellement naturelle, proche de l’authentique. On croirait à de la prétendue improvisation, alors que tout est finement écrit, réfléchi.

 Une sincérité filmée par des plans énigmatiques et des angles peu nombreux, mais si intimes.

Certes, le film s’essouffle peu à peu et se noie dans certaines longueurs. Mais que l’on puisse avoir la critique amère ou dithyrambique n’a finalement que peu d’importance dans le cas de Pater. Il est décevant peut-être, enthousiasmant surtout, mais assurément tellement différent. D'un nouveau genre, finalement.
Diego C.

A propos de Pater d'Alain Cavalier, avec Vincent Lindon et Alain Cavalier, sélection officielle du Festival de Cannes 2011

mercredi 6 juillet 2011

L'Erotisme au sommet de son Art

« Ce n’est pas le tabou qui me fascine, mais l’érotisme », déclarait un jour le réalisateur japonais Nagisa Oshima.

Et de l’érotisme, il en est entièrement question dans l’Empire des Sens (1976), qui fit davantage l’effet d’un tabou pendant près de 25 ans dans son propre pays et dans bien d’autres encore. Il est d’ailleurs toujours interdit dans de nombreux pays.

La raison à cela, le caractère pornographique que pourraient revêtir les scènes du film, où toutes les scènes de sexe (et elles sont nombreuses) sont jouées réellement par les acteurs, influant à cette œuvre une authenticité rare.

Forçant l’indignation pour certains, l’admiration pour d’autres, L’Empire des sens n’en reste pas moins un monument du septième art. Parce que faisant de chaque scène de sexe, une déclaration d’amour, une échappatoire à la réalité brutale, l’Empire des sens est surtout une représentation esthétique et diégétique de l’amour charnel, dévorant, avilissant, destructeur.

Inspiré d’un fait réel japonais, le film met en scène, une ancienne prostituée, Sada Abe, repentie, et devenue servante d’une auberge de Tokyo, dans les années 1936. Sada est tout de suite remarquée par le maître de maison,  Kichizo. Empli d’un désir sexuel envers la jeune femme, Kichizo va décider d’en faire sa maîtresse afin d’assouvir ses pulsions. Un jeu charnel qui va s’envenimer, pour ne devenir qu’une passion embrasée et ravageuse, entrainant implacablement les deux amants vers une destruction inévitable, où la mort ne fera figure que d’issue, salvatrice. Il s’agit là du crime passionnel comme il n’a jamais été filmé, où le sexe n’est ici qu’un artifice pour mettre en exergue le va-et-et vient perpétuel qu’il existe entre le plaisir et la mort.

            A travers l’Empire des sens, Nagisa Oshima offre plus qu’un film, il offre une réflexion poussée sur la passion comme destruction de l’être humain, sur les fantasmes comme une poursuite insatiable, comme un carcan dont il est difficile de s’extirper. Une réflexion sur les sens comme un empire, un empire auquel l’homme se soumet inévitablement. Un empire asservissant et dangereux.

            L’Empire des sens est subversif, provocateur, pur, esthétique, sublime surtout, et restera, à jamais, une œuvre majeure du cinéma.

Diego C.


dimanche 3 juillet 2011

Omar m'a bluffer

                Pour son deuxième film derrière la caméra, le talentueux Roschdy Zem s’attaquait à un sujet aussi délicat que médiatique, l’Affaire retentissante d’Omar Raddad. S’inspirant intégralement du fait divers qui secoua l’univers juridique  et médiatique du début des années 90, Omar m’a tuer ravive les prises de positions en faveur d’Omar, inculpé du meurtre de son employée, Madame Ghislaine Marchal, et condamné à 18 ans de réclusion en 1991, puis gracié, 7 ans plus tard. Au-delà de toutes considérations quant à la thèse avérée du film, qui clame l’innocence d’Omar Raddad, on alterne bon et moins bon.
                Encore que le moins bon reste limité. L’écueil était pourtant de taille, faire du personnage d’Omar Raddad, la figure de proue de l’innocence brimée par une justice sans cœur, défendant, corps et âmes, les riches au détriment des pauvres maghrébins opprimés ; faire de l’affaire d’Omar Raddad, un procès raciste alors qu’il reste, avant tout et surtout, un procès, on ne peut plus bâclé. La première image du film, une image d’archive, montrant l’avocat d’Omar, à l’époque, Maitre Vergès, à la sortie du verdict de 1991, laissait supposer le pire :
« Il y a cent ans, on condamnait un officier car il avait le tort d'être juif, aujourd'hui on condamne un jardinier car il a le tort d'être maghrébin. »
                Une citation comme aime les marteler le maître de la théâtralisation, le défenseur invétéré et inconditionnel des causes perdues, tant qu’elles demeurent super-médiatiques. On s’imaginait le décor planté, Dreyfus 2 le remake, 110 ans plus tard. On est agréablement surpris. Roschdy Zem s’extirpe de ce paradigme et écarte toute accusation raciste pour ne s’attarder que sur les aberrations du procès, nombreuses, et la personnalité d’Omar, candide et introvertie. Et c’est justement là que le film pêche.

                En soi l’idée était bonne. Jongler entre deux histoires indépendantes et étroitement reliées. L’une suivant l’écrivain Jean-Marie Rouart (alias Pierre-Emmanuel Vaugrenard dans le film, interprété par Denis Podalydès) qui poursuit inlassablement la quête de la vérité et fait ressurgir toutes les zones d’ombres du procès, les zones non-explorées et néanmoins tellement cruciales. L’autre se préoccupant du personnage d’Omar Raddad (interprété par Sami Bouajila), de sa personnalité, et de son état psychologique au fur et à mesure du procès et de ses années passées en prison.
 Le problème est qu’Omar m’a tuer ne parvient pas à jongler correctement entre les deux. Ou plutôt privilégie l’un au détriment de l’autre, alors que les deux sont étroitement corrélés. Le film n’approfondit pas suffisamment les incohérences juridiques du procès, il ne fait que les suggérer, les mentionner, en coup de vent, par moment. Elles sont pourtant la clé de toute cette affaire, l’origine de cette effervescence médiatique.  Les scènes du procès, qui se tint à l’époque, manquent véritablement, et les brèves dites scènes, pâtissent cruellement de tonique, de fond surtout. Les pièces à conviction détruites, les procédures bâclées de l’enquête sont abordées sans être étayées. On  entre alors dans le moins bon du film qui dénonce l’erreur judiciaire, sans la mettre suffisamment en exergue, comme s’il ne faisait aucun doute qu’Omar était innocent, depuis le début.
Mais le film s’élève à travers le personnage d’Omar, magistralement interprété par Sami Bouajila. Un rôle de composition qu’il exerce à merveille, dans les moindres détails. Un rôle quasi-mutique, parsemé de français vacillant. Un personnage qui suscite l’émotion, touchant par l’impuissance qui l’enveloppe, un personnage démuni face à un procès dont il peine encore à comprendre les chefs d’accusation qui lui sont reprochés. Un personnage meurtri, détruit par sept années de prison, mais persévérant, clamant, à cor et à cri, encore et toujours, son innocence. Un rôle dont le film puise sa force durant toute l’histoire. Là, vient alors le très très bon.
Omar m’a tuer réhabilite la réalité et la nourrit encore davantage. Car si Omar Raddad est aujourd’hui en liberté, il se bat toujours pour que la justice reconnaisse sa non-culpabilité. Un combat qu’il mène depuis 20 ans maintenant, et dont on peine encore à percevoir le générique de fin. Une affaire qui n’a pas fini de faire jaser. Roschdy Zem, lui, prend de l’ampleur en tant que réalisateur, pour un deuxième film pas facile. Quant à Sami Bouajila, ne pas le nominer dans une catégorie prestigieuse à la prochaine cérémonie des césars serait, pour le coup, lui faire très mauvais procès, à n’en pas douter.
Diego C.


samedi 2 juillet 2011

Adieu Peter!

Petit hommage… au petit écran. Nous donnons aussi la parole à la télévision qui, en ses heures de gloire, a aussi contribuée et alimentée nos heures de détente. Loin des Star Academy, et autres Nouvelle Star, il fut un temps où notre petit écran diffusait encore des choses correctes. Mais cela ne risque pas de s’arranger avec la disparition de notre détective préféré. Le borgne perspicace tant redouté des malfrats et meurtriers.
Oui notre inspecteur méticuleux, à qui aucun micro-détail n’échappait, ne vêtira plus jamais son vieil imperméable beige inclassable. Notre enquêteur implacable ne déambulera plus dans sa mythique Peugeot 403 cabriolet, à l’odeur de cigare bon marché. Peter Falk nous a quittés  il y a une semaine, de quoi susciter un dernier papier,  de quoi lui rendre un dernier hommage.
Il restera comme l’une des références en matière de télévision, incarnant l’infatigable, quoique désabusé, lieutenant Columbo, pendant 35 ans, délaissant peu à peu tout autre rôle. A lui seul, il incarna l’une des séries le plus mythiques du petit écran. Une série intergénérationnelle qui reste encore aujourd’hui, l’une des plus rediffusées à travers le monde.  Elle le restera probablement encore longtemps, Peter Falk vivant ou pas.  

Diego C.

mardi 28 juin 2011

Into Eternity


         On continue notre sélection des meilleurs documentaires. En mars 2011, le monde entier a enfin découvert les risques du nucléaire, suite à l’accident de la centrale nucléaire de Fukushima. Mai 2011, sortait Into Eternity, un documentaire sur le traitement des déchets radioactifs, sujet sensible et plus que d’actualité.

            Futurs trafiquants de déchets radioactifs, préparez-vous, le plus grand supermarché du nucléaire ouvrira ses portes à l’orée de l’année 2100. Daniel Madsen, le réalisateur danois, s’est intéressé à Onkalo, un sanctuaire actuellement en travaux en Finlande et qui se propose d’accueillir de 2012 à 2100 les déchets nucléaires de la planète et de les laisser enfouis pour 100 000 ans (la durée moyenne pour que toutes traces de radioactivité disparaissent).

            Si l’on peine un peu à rentrer définitivement dans ce documentaire, les vingt premières minutes sont à base de :
-       check 1 : le nucléaire est dangereux pour l’homme, OK
-       check 2 : il est aussi dangereux pour la planète, OK
-       check 3 : on ne s’est pas comment le traiter, OK,
sauf pour ceux qui n’y connaissent rien, ils passeront peut-être un meilleur moment. La suite contient une réelle force interrogatrice sur l’avenir du nucléaire et le projet Onkalo à travers le temps.

(Projet de signalisation aux générations futures de la dangerosité du site d'Onkalo) 
            Présenté sous la forme d’un documentaire de science-fiction pour les générations futurs, le film nous propose des plans séquences de la caverne absolument magnifiques et des interviews qui au début un peu apathiques, posent par la suite les bonnes questions et laissent place à de surprenantes réponses. La dernière demi-heure est d'un ennui sans fin, soutenue par une musique lancinante.


            Si la réflexion profonde de l'auteur sur ce site amène à se poser intrinsèquement des interrogations utiles, on regrettera le côté un peu malhonnête du réalisateur, par l’utilisation de l’anglais qui a mis certains de ses interlocuteurs dans l’embarras, dû à un anglais limité et le fait qu'Onkalo soit seulement un projet, pris par l’auteur comme abouti, alors que celui-ci est toujours en discussion en Finlande.



Vincent L.


Women are Heroes

            Alors que tout le monde s’attendait à découvrir dans Faites le mur, le street art, son univers, ses motivations et surtout Bansky, nous fûmes tous surpris par la tournure de son documentaire. Pour sa critique je vous renvoie à l’excellent article de notre ami Diego.

            En janvier 2011 est sorti le documentaire Women are Heroes de JR. Pour ceux qui ne le connaissent pas, il est l’auteur du projet Portrait d’une génération, œuvre qui était à l’origine illégale et affichait ses portraits 28 millimètres « de mecs de banlieues », dans la rue, sa galerie à ciel ouvert, pour promouvoir l’art dans la rue.

(JR)
            Son documentaire n’a pour but originel que de présenter les femmes, comme des héros, à travers leurs conditions, difficiles, au milieu de guerres, massacres, ou tout simplement, des difficultés qu'elles connaissent dans le tiers monde. De l’Asie à l’Amérique du Sud en passant par l’Afrique, JR s’arrête et donne enfin la parole à ses portraits aux destins hors-normes, sans tomber dans la suffisance. 

            C'est un un documentaire d’une qualité exceptionnelle, une photographie absolument magnifique et des plans à couper le souffle. Un voyage aux cœurs des oubliés, des rencontres touchantes, pleines de sens et qui permettent à JR d’expliquer sa démarche, la photographie et son art. Le tout accompagné d’une bande son envoûtante.

            Le but originel n’est pourtant pas totalement atteint. Alors que Banksy jouait de l’ironie pour dépeindre son art, JR prend peu à peu le pas sur les femmes et laisse vite  place à une auto-promotion. Regrettable. 




Merci à César de m'avoir conseillé ce documentaire

Vincent L.





vidéo globale de l'oeuvre de JR:

lundi 27 juin 2011

Défense Bancale

            Brad Furman tentait un pari peu audacieux pour son deuxième film, The Lincoln Lawyer (2011), une adaptation du roman éponyme de Michael Connelly, un best-seller. Le succès devait être au rendez-vous. Les critiques sont bonnes, dithyrambiques, parfois.

            On s’attarde sur le retour (en grâce ?) de  Matthew McConaughey, qui ne fait plus uniquement figure de playboy abonné aux navets. Matthew est aussi un comédien, bon qui plus est. On aimerait s’en réjouir. Il n’est d’ailleurs pas étonnant de le voir à nouveau endosser le rôle d’un avocat, rôle qu’il avait joué à la perfection, il y a 15 ans de cela, dans A Time To Kill (1996). Un rôle qui l’avait fait connaître et qui l’avait couronné d’un award. C’est d’ailleurs en cela que naît le premier problème de The Lincoln Lawyer, cette inévitable comparaison avec cette première adaptation. Le sujet n’est pas le même évidemment, mais il y a néanmoins de fortes ressemblances, sauf que le premier en date fut excellent, le deuxième l’est beaucoup moins, la différence de qualité est sans équivoque.
           
            L’intrigue aurait pu être palpitante. Mickey Haller (Matthew McConaughey) est un avocat doué, dont les méthodes sont parfois à la limite de l’illégalité. Mais une chose ne peut lui être reprochée, il aime son métier et défend ses clients, quoiqu’il arrive. Mickey se bat pour la justice. Habitué à défendre des dealers et autres petits malfrats, il obtient une affaire en or, celle d’un fils à Papa richissime, accusé de viols et qui clame son innocence avec une volonté d’aplomb. Comme à son habitude, Mickey va défendre son client. Et cela, même s’il n’est pas convaincu de son innocence.

            Le problème du film réside surtout dans sa construction. A croire que le réalisateur a voulu s’inspirer grandement de la méthode du romancier qu’il adapte, ne pas avoir de plan, ni de patron. Et bien, il n’aurait clairement pas dû, car il est difficile d’aborder un sujet aussi minutieux, détaillé et complexe que le droit et la justice en général, en étant aussi laxiste et aussi peu regardant sur toutes les règles déontologiques qui la composent. The Lincoln Lawyer n’aborde pas la justice, il la saborde.

C’est là toute la différence avec A Time To Kill, qui évite de se lancer dans le droit à proprement parler et se contente d’aborder l’aspect humain et philosophique de la vengeance et de la peine de mort. La thèse était discutable mais là, avec The Lincoln Lawyer, il n’a même plus de quoi discuter. Les avocats américains ou français ne s’y tromperont pas, on les fait passer pour véreux, parfois, et pour des cons, surtout. En entrant dans le détail des procès, le film ne fait que s’enliser inextricablement dans les abysses d’une institution dont il méconnait tous les rouages, les codes, les règles. Ce n’était peut-être pas l’objet du film à l’origine, mais cela en discrédite tout son contenu. Si seulement l’aspect déontologique du secret professionnel avait été plus approfondi, on aurait peut-être pu émettre l’idée d’un bon film, mais il n’en est vraiment rien. Le réalisateur fait figure de peintre qui s’emmêle les pinceaux. Et le spectateur pâtira grandement du manque de cohérence.

Ironie du sort, l’histoire ressemble fortement, du moins dans l’idée de départ, à une affaire récente, et à en croire le film, Madame Diallo n’a qu’à bien se tenir.

Bref, un film divertissant, mais surtout bancal dans sa démonstration et sa conclusion. On espérait un bon film, c’était déjà trop demandé.

            Diego C.

vendredi 24 juin 2011

Armadillo et Restrepo

         Une fois n’est pas coutume, l'année 2010/2011 fut riche en documentaires. L’actualité fut bien évidement au cœur de ces films. On vous propose pendant une semaine de découvrir les documentaires marquants de l’année écoulée.

Le Festival de Cannes et de Sundance ne s’y sont pas trompés, respectivement Grand Prix de la semaine international de la critique et Grand prix du jury, Armadillo et Restrepo ne sont pas n’importe quels documentaires. Ils ont été tournés en Afghanistan.
Alors que les Etats-Unis et la France avancent doucement vers un retrait de leurs troupes, ces deux documentaires ont suivi durant presque un an, les militaires américains et danois au cœur du bourbier afghan.

Le plus médiatique, Armadillo, suit les militaires danois Mads et Daniel et leurs amis dans leur camp retranché d’Armadillo. Espoustouflant, on avait pas vu ça depuis Full Metal Jacket. La musique y joue un rôle prépondérant, en permettant de boucher l’inertie de certains passages et traduisant ce que l’image n’a pas réussit. Il fit aussi terriblement polémique au Danemark. Sans le vouloir, son réalisateur Janus Metz, amène à se demander où s'arrête la limite entre un acte de guerre et un acte de barbarie.


Le deuxième suit les militaires américains dans leur camp retranché de Restrepo. Dès le début du documentaire, le ton est donné, puisque Restrepo n’est autre que le nom du premier soldat mort de la compagnie que l’on suit. Tim Hetherington et Sebastien Junger nous plonge au sein de la vie d’un simple soldat, en Afghanistan. Sebastien Junger est un journaliste indépendant émérite, écrivain à ses heures, il a notamment écrit En pleine tempête, livre qui inspira le film du même nom. Malheureusement, Tim Hetherington ne continuera pas son formidable travail de photographe (Prix World Press 2007), il est mort à Misrata (Lybie), le 20 avril 2011, en faisant son métier.

(Sebastien Junger et Tim Hetherington)

Amateurs de films d’actions et de sensationnalisme, ne vous attendez pas à voir des héros courant, sautant, mitraillant ou grenaillant à chaque coin de montagnes. L’ennemi est fantomatique, les combats, d’une rare violence et d’une exceptionnelle intensité, suffisent à traduire l’ambiance qui entoure ces militaires. Ils nous montrent toutes les difficultés de la vie d’un soldat, dans et en dehors des combats, l’adaptabilité au terrain et les mentalités que tout oppose. Ces militaires sont, ici, acteurs de leur propre vie et les balles sont bien réelles.

(Photo de Tim Hetherington, Prix World Press 2007)
            La force de ces deux documentaires est de ne pas tomber dans la critique du commandement. Si on se posera beaucoup de questions, aucune réponse ne viendra. La réalité, froide et limpide, voilà ce qu’ils nous apportent.

           
 Vincent L.







jeudi 23 juin 2011

Pour les grands et les petits

Il est souvent très facile de parodier un film, un genre, un style. Il est encore plus facile de le faire quand autant de films relativement mauvais pullulent sur grand écran. Encore faut-il que la parodie soit bien jouée, subtile serait un plus, tout en informant le spectateur sur l’objet qu’il parodie.

Les parodies des films de mafia sont peu nombreuses mais Bugsy Malone (1976) est assurément l’une des références en la matière. Pour son premier film,  Alan Parker visa présomptueusement haut. Salir l’univers américain de la mafia du temps de la prohibition et celui du cabaret de la même époque, n’était pas chose facile. Surtout, lorsqu’on saborde les plus grands films du genre, Le(s) Parrain(s), en tête de liste.

Le véritable pari d’Alan ne se situe pas seulement dans la reprise identique des codes qui font la magie de l’univers mafieux américain. Les décors et règles vestimentaires sont identiques à ceux du Parrain et autres consorts, c’est une chose. Mais le véritable pari d’Alan se situe plus dans l’interprétation des personnages. Aucun personnage n’est caricatural à proprement parler. Tous les comédiens sont mêmes brillants. Pourtant, un détail marquant éclatera dès les premières secondes du film, le pari d’Alan Parker, celui de faire de l’univers machiste et adulte du cinéma mafieux, un film pour enfant, joué, exclusivement, par des enfants.

Certes, ce cran n’estompera pas les quelques longueurs du film et il ne faudra conférer à cette œuvre, une fois visionnée, qu’une seule véritable qualité, divertir. Mais pour un premier film, une chose est sûre, il est audacieux.


Diego C.

vendredi 3 juin 2011

L'Amour, au-delà de tout

La Corée du sud est souvent plus connue pour ses gadgets et ses technologies à tout-va que pour son cinéma. Pourtant, le cinéma coréen est l’un des plus dynamiques, des plus crus et des plus brutaux qu’il est donné de voir. Le cinéma coréen est méconnu mais les connaisseurs ne s’y tromperont pas. En Corée du sud, les réalisateurs ne sont pas aussi médiatiques que leurs homologues américains mais assurément du même calibre. Le paradoxe de cette richesse est qu’il tient davantage dans une poignée de main. Les réalisateurs coréens connus ne sont pas nombreux mais une chose est sûre, ils n’ont rien à envier à quiconque. Et les locaux ne s’y trompent pas, le cinéma coréen réunit chaque année en son territoire plus d’entrées que leurs concurrents blockbusters américains. Rares sont les pays où les films locaux résistent encore à l’hégémonie américaine. Mais à s’y pencher de plus près, cela n’a véritablement rien d’étonnant.

Je m’attarderai sur un film, le dernier en date que j’ai eu la chance de regarder. Beaucoup d’échos m’avaient été contés mais jamais l’occasion ne s’était présentée de connaître enfin cet opus. Pourtant, Dieu sait que son réalisateur m’avait déjà subjugué.

Mother, réalisé en 2009 par Bong Joon-ho (dont le talent en avait déjà interloqué plus d’un avec Barking Dogs Never Bite -2000- ou Memories of Murder-2003, qui tous deux mériteraient autant d’attention que Mother) est tout simplement un film d’exception. Interprété par le célèbre acteur et mannequin Won Bin, adulé par nos amis asiatiques et Kim Hye-ja, dont les sorties médiatiques sont aussi rares qu’éblouissantes, Mother est un drame poignant.
Yo Do-Joon souffre de déficience mentale. A maintenant 28 ans, il n’occupe aucun emploi et vit toujours auprès de sa mère qui se bat éperdument pour le tirer des affaires dans lesquelles il s’engouffre. En proie à des différends avec son entourage et la police, Yo Do-Joon va finalement être inculpé d’un meurtre d’une jeune étudiante. Sa mère va tout faire pour l’innocenter.
            Mother est à la fois un drame palpitant qui se distingue par son cynisme noir. Il est l’histoire d’un sentiment maternel jusqu’au-boutiste où l’amour va peu à peu prendre le dessus sur la morale. D’une ambigüité troublante et d’un dénouement à la « Usual Suspect », le film est aussi une critique édifiante (parce que sournoise et fine) du système judiciaire coréen. Alimenté de scènes superbes sur le plan esthétique, Mother est à l’image de son réalisateur et du cinéma coréen en général, talentueux…

Diego C.