dimanche 14 août 2011

Melancholia

            Interprété par Kirsten Dunst et Charlotte Gainsbourg, Melancholia se découpe en deux parties. La première se focalise sur l’échec du mariage de Justine (Kirsten Dunst) organisé par sa sœur Claire (Charlotte Gainsbourg). La deuxième se concentre davantage sur le personnage de Claire et sa peur de voir la planète Melancholia heurter la Terre. On assiste à une dépression de Justine et une montée des angoisses de Claire, sous fond d'apocalypse imminente. Les deux parties se complètent, se suivent, avec un fil conducteur en filigrane.
Récompensée par le prix d’interprétation féminine à Cannes, Kirsten Dunst est saisissante et transmet magistralement le malaise qui l’étreint. Ses sourires crispés, ses regards fuyants, ce bonheur affiché évoquent admirablement le mal-être qui l’habitait déjà dans Virgin Suicide (1999) où elle était éblouissante.  Charlotte Gainsbourg n’a pourtant rien à lui envier dans ce rôle d’une Claire angoissée, apeurée mais volontaire.

Mais bien plus qu’à travers le jeu des acteurs, Melancholia  illumine surtout l’écran par sa plastique travaillée et sa mise en scène éblouissante. L’admiration du réalisateur pour l’esthétique nazie n’y est pas anodine. Melancholia est un brillant hommage au romantisme allemand et tire son essence de chaque plan filmé, à l'image du courant dont il s'inspire. Chaque lumière saisie, chaque image décomposée, font de certaines scènes de véritables tableaux en présence, dignes des plus grands peintres, que la musique de Wagner sublimera encore davantage.
Filmés uniquement en Suède, les plans panoramiques et les paysages sont splendides. Lars Von Trier fait ici étalage de tout son talent de metteur en scène, avec une virtuosité et volupté déconcertante. Melancholia n’est pas un film, il est un chef d'oeuvre pictural, dont les premières scènes prophétiques du prologue subjuguent et envoutent par leur éclat. L’épilogue apocalyptique a, quant a lui, des allures de paradis et confirme que Lars Von Trier est avant tout un réalisateur de génie. Esthéticien hors pair, il nous livre une composition artistique prodigieuse, peut-être sa plus aboutie.
Ne pas revenir sur les propos qui avaient entaché sa venue à Cannes parait dès lors difficile. Son éviction du festival pour ces propos limites avait fait office de punition. Mais à en voir Melancholia, ne pas lui décerner la palme en était déjà une, bien plus sévère.
 Diego C.

samedi 6 août 2011

Super 8

         Après deux ans d'attente, voilà le nouveau Spielberg. Pardon, il n est que le producteur et la réalisation a été confiée à J.J. Abrams. Celui-là même qui pendant six ans nous a entourloupé avec la série Lost et qui continue de le faire aujourd'hui avec Super 8.

Une bande d'ados se lance dans la réalisation d'un film de zombies en super 8, espérant gagner un concours. Lors du tournage d'une scène, il assiste à un accident ferroviaire. Par la suite d'étranges disparitions et évènements vont se produire dans leur petite ville de l'Ohio, inexpliqués et qu'ils n'osent pas imaginer.


Le casting fait preuve d’amateurisme, la bande d’ados peut pourtant se targuer d’avoir un jeu plus abouti que leurs ainés. La plupart sont d’ailleurs des acteurs issus de série tel que Demain à la une, True Blood (Kyle Chandler, Ron Elard et Jessica Tuck). La mention spéciale de ce film va à Elle Fanning, découverte dans Somewhere de Sofia Coppola, elle nous revient pétillante et sublime, preuve s’il en ait, qu’elle est et sera une grand actrice.

Hormis la scène de l’accident ferroviaire, le reste de la photographie laisse à désirer. L’alchimie requise dans ce genre, entre frayeur et émotion, tourne au pathétique.

Si J.J. Abrams renoue avec un genre disparu depuis bien longtemps des salles obscures, n’est pas Spielberg qui veut. Ce film c’est un peu de E.T et les Goonies sans les meilleures scènes. Ce film sonne donc comme le chant du cygne de l’époque extraterrestre de Spielberg.


Vincent L.



vendredi 5 août 2011

Solutions Locales Pour Un Désastre Global

D’un point de vue cinématographique, la conclusion serait simple et brutale. Oui, Solutions Locales Pour Un Désastre Global (2010) est un documentaire trop long, légèrement soigné sous le prisme de l’alarmisme, couplé de plans bancals, à l’esthétique quasi-inexistante, au son parfois  inaudible et à la mise en scène simpliste.
Mais si l’on se contentait uniquement d’aborder les qualités cinématographiques du film, alors la conclusion serait avant tout manquée.

Car Solutions locales pour un désastre global  tonne et donne de la voix à ceux qu’on écoute peu. Pierre Rabhi ou le couple Bourguignon, pour ne citer qu’eux. Leurs noms ne vous diront peut-être rien, mais ils sont aujourd’hui les derniers experts de la microbiologie des sols.

Evitant de s’enliser dans un simple réquisitoire anti-pesticide, le film présente de vraies solutions et se distingue de tous les autres documentaires du genre.

Et c’est là toute sa contribution. Coline Serreau réhabilite la pensée de quelques rares spécialistes, dont les travaux sont aussi alarmants qu’édifiants. Parcourant la terre entière, la réalisatrice française offre néanmoins une vision étayée de toutes les alternatives viables, durables et efficaces, à l’agriculture intensive actuelle.  Sollicitant la coopération d’éminents chercheurs, agriculteurs, scientifiques et philosophe,  le film milite pour un changement profond des techniques agricoles au profit d’une agriculture biodynamique.

Et si Solutions locales pour un désastre global  sensibilise et réveille par la pertinence  des propos, accuse et alarme par l’édifiant non-sens de notre agriculture moderne, il rappelle surtout à son spectateur l’urgence des préoccupations environnementales de notre 21ème siècle.

 Ce film n’est pas une œuvre artistique. Non, il est surtout une prise de conscience, un éveil, qui n’aura d’intérêt pour l’humanité que s’il est relayé, maintenant.  
Diego C.

vendredi 29 juillet 2011

J'aime regarder les filles

A quelques jours de l’élection présidentielle, la France est en pleine effervescence. Plus de 36 millions de français se rueront bientôt vers les urnes. En 1981, Primo a tout juste dix-huit ans. L’occasion de remplir ses devoirs civiques, pour la première fois. Pourtant, Primo se fiche de la politique. Il a d’autres préoccupations. Un Bac, qui approche et qu’il a déjà raté. Une famille, que sa fainéantise exacerbe, et qui ne cesse de lui rappeler le fardeau qu’il constitue. Des petits boulots, qu’il enchaîne à la pelle. Des dettes, à n’en plus finir. Et puis surtout, les filles. Une en particulier, Gabrielle, issue d’un milieu bien plus aisé, dont il tombe brutalement amoureux. Une préoccupation qui va peu à peu évincer toutes les autres.

Sur fond de transformation du paysage politique français du début des années 1980, Frédéric Louf signe une première comédie légère, avec J’aime regarder les filles. Parsemé d’images d’archives des élections de 1981, le film évite de s’enliser dans un militantisme effarouché.
Cette légèreté pourrait même lui être reprochée. Car J’aime regarder les filles manque de cohésion entre l’histoire qu’il retrace et le contexte politique dans lequel il s’inscrit. La ferveur des années 1980 ressort finalement peu. Les décors et costumes d’époque restent très succincts. A se demander si cela valait la peine de situer l’histoire à cette époque, tant l’apport du contexte politique au film, reste finalement énigmatique, ne faisant que souligner, d’un trait léger, le clivage socioculturel qui distingue Primo de Gabrielle.

Mais cette légèreté de ton est volontaire, et prend tout son sens lorsqu’on s’attache au personnage de Primo. J’aime regarder les filles n’est pas une histoire de politique, c’est surtout une amourette de jeunesse, où notre héros tente désespérément de ravir le cœur de Gabrielle.
 Amusant par sa maladresse, touchant par sa timidité et agaçant par son insouciance, Primo illumine l’écran. Pour son premier grand rôle, Pierre Niney (Primo) signe là une performance aussi séduisante que prometteuse. Un jeu d’interprétation qui éclipsera les légères maladresses sentimentales et caricatures que le film véhicule. Drôle et fin, J’aime regarder les filles en charmera plus d’un.

Diego C.

mercredi 27 juillet 2011

Un Amour de Jeunesse

Mia Hanson-Love revient sur les devants de la scène. Après des débuts remarqués dans Tout est pardonné (2007) et Le père de mes enfants (2009), la jeune réalisatrice française repart vers un sujet qu’elle aime, l’Amour. A la différence près que celui-ci concerne la jeunesse, une sorte de retour aux sources.
Camille a 15 ans. Eperdument amoureuse de Sullivan, 19 ans, elle découvre là son premier amour. Jusqu’à ce que Sullivan désire voler de ses propres ailes, en Amérique du Sud. Dès lors, Camille semble perdue, au bord du suicide. Il lui faudra plusieurs années avant de s’en remettre et de retrouver goût à la vie. Poursuivant ses études d’architecture, elle renoue avec la joie de vivre qui l’avait quittée, et tombe amoureuse, à nouveau. Un amour peut-être moins intense, jusqu’à ce qu’elle recroise Sullivan, huit ans plus tard.
Pour ce troisième long-métrage, Mia s’est dotée des mêmes ingrédients qui l’avaient projetée sous les feux de la rampe. Des acteurs méconnus, des plans soignés et lumineux et une musique entrainante. On y découvre dès les premières minutes du film une étoile montante du cinéma français, Lola Creton, prochainement à l’affiche d’En Ville, fin juillet.

Si Mia s’est dotée des mêmes ingrédients, on est pourtant bien loin du même résultat. Un Amour de Jeunesse manque d’allant et pâtit cruellement d’un jeu d’interprétation à la limite du désagréable. La faute en grande partie à Sebastian Urzendowsky, l’autre protagoniste du film. Sa voix fluette et sa douce naïveté agacent autant qu’elles ternissent les premières minutes. On parierait sur une grossière erreur de casting, si le film s’arrêtait là.
Car c’est l’histoire d’amour elle-même qui flanche. Légèrement mièvre, le film tombe peu à peu dans un dramatisme qui se veut léger mais qui perd toute authenticité. On suit inlassablement le parcours de cette jeune femme, en construction, mais qui peine à sortir de cette candeur puérile. Evitant de rentrer dans la psychologie des personnages, le film perd sa teneur intimiste et personnelle. On reste dans un amour suranné, inaccessible et creux. A aucun moment, le spectateur se sent véritablement submergé par ces sentiments naïfs.
Le défaut d’Un Amour de Jeunesse résulte aussi de l’écoulement du temps, qui ne laisse aucune marque. Aussi bien physiquement que sentimentalement, les personnages ne murissent pas, le spectateur non plus. Les dialogues sont d’ailleurs édifiants de cette carence. Se voulant littéraire, la prose illustre avant tout un dialogue de sourd, un « je t’aime moi non plus » qui se dépouille de tout sentiment véridique. On est très loin des qualités dont était doté Le Père de Mes enfants.
Le film prend néanmoins de la hauteur et mérite d’être apprécié. Les apparitions, tardives ou trop succinctes, de Magne Havard Brekke, déjà dans Le Père de mes enfants, et de Valérie Bonneton,  apportent enfin un semblant de maturité. Certains plans remarquables valent également d’être soulignés, le dernier en particulier, superbe. Tout comme la mise en scène, à travers laquelle on reconnait le talent indéniable de cette réalisatrice, qui avait tant enchanté. C’est malheureusement trop peu pour Un Amour de Jeunesse qui laissera probablement un sentiment d’incompréhension. Il s’agit peut-être pour Mia d’une autobiographie filigranée, d’Un Amour à oublier, d’une copie à revoir, aussi.  
Diego C.

lundi 25 juillet 2011

Harry Potter et les reliques de la mort Partie 2

            Si je n’étais pas tout à fait d’accord avec Harry, un ami qui vous veut du bien, le moins que l’on puisse dire est que ce dernier opus n’aide pas à relever le niveau. Si tous les fans seront dithyrambiques, je vais les décevoir. Dix ans d’attente pour ça !

            Je commencerai par le choix du réalisateur, David Yates. Il est Le réalisateur depuis l’Ordre du Phoenix, le cinquième tome, lui qui n’avait jamais réalisé un film avant. Si Harry Potter a gagné en maturité, ce n’est pas le cas de son réalisateur. Il n’a jamais réussi à rendre l’ambiance des livres. Fade, mou, sans ambitions ni saveurs, ses adaptations n’ont été que déceptions sur déceptions. Seul Alfonso Cuaron (Le prisonnier d’Azkaban) et Mike Newell (La Coupe de Feu) ont réussi à éviter l’écueil du film pour ados.

            La satisfaction de la saga terminée, seules certaines scènes flamboyantes me laissent rêveur. Le reste n’est que lenteur, longueur et sensationnalisme. La personnalité des héros de la saga ont carrément disparu. De quoi peut-être satisfaire les fans, de quoi rebuter les cinéphiles. 


            Alors que les vingt premières minutes avaient commencé sur les chapeaux de roues, avec des effets visuels impressionnants, le reste du film perd peu à peu de son intérêt. Yates se permet même de squeezer une partie de l’histoire. Direction donc Poudlard et l’attaque de l’école. Si celle-ci, trop courte, est tout de même digne du Seigneur des anneaux, grâce à ces plans larges, les combats entre sorciers et le combat final tant attendu entre Voldemort et Harry manquent terriblement d’intensité et tombent dans le ridicule.

            Ou est donc passé l’ambiance torturée, désenchantée et sombre des livres de J.K Rowling ? Qu’est devenu l’émotion permise par les couples d’Hermione/Ron et Ginnie/Harry ? La scène finale est digne de ce que sait bien faire son réalisateur, des films de série B pour la télévision anglaise. La 3D ne sert même pas à couvrir les manques de la réalisation et du scénario. 250 millions de dollars de budget qui aurait du être donné à un autre réalisateur, car Yates a réussi ce que personne ne pouvait imaginer, rendre Harry Potter ennuyeux, digne d’un film pour enfants.



Vincent L.


lundi 18 juillet 2011

Le Moine

Après les très bons Harry un ami qui vous veut du bien (2000) et Lemming (2005), Dominik Moll faisait son retour derrière la caméra, après six ans d’absence, avec Le Moine.
S’inspirant d’un roman au titre éponyme de Matthew Lewis, Le Moine retrace le parcours du capucin Ambrosio.

Fervent prosélyte, ayant toujours vécu dans la Foi et dans la dévotion au Seigneur, Ambrosio vit dans un monastère en Catalogne. Adulé par beaucoup de croyants, il fait l’unanimité et rassemble chaque jour des fidèles de plus en plus nombreux. Pieux et vertueux, il va néanmoins, peu à peu, sombrer dans le péché, succombant aux tentations d’une femme, amoureuse de lui.

Ce n’est pas la première fois que Matthew Lewis est adapté sur grand écran. Déjà, le Grand Buñuel s’était attelé à le scénariser en 1972 pour Adonis Kyrou. La besogne n’était donc pas mince pour Dominik qui touchait ici à un registre nouveau pour lui, le film d’aventure historique, gothique en particulier.
            Et on est agréablement entraîné par le début. Les paysages moyenâgeux et les costumes hissent le film et amplifient son côté mystique. Accompagné d’une musique assez glaçante et d’un bon Vincent Cassel, Le Moine suscite l’angoisse en tirant partie de tous les codes du style fantastique. Corbeau, rêve, Diable, apparitions fantomatiques sont autant de concepts qui s’immiscent peu à peu  et alimentent son ambiance gothique. L’obscurité ambiante qui habite ce monastère plonge le spectateur en haleine. Les dialogues sont bons quoique peut-être trop policés, mais l’époque et l’ordre ecclésiastique s’y prêtent. On s’y fait rapidement et on s’attend, dès lors, au film subjectif par excellence dans le sujet qu’il aborde, angoissant par le genre auquel il se prête, haletant par le suspense qu’il fait naître. Cela rappelle grandement un autre chef d’œuvre du genre, Le Nom de La Rose (1986) de Jean-Jacques Annaud.

            Malheureusement ceci ne concerne que le début, car à mesure que le film se poursuit, l’intrigue s’enlise, si tant est qu’elle eût véritablement existé. On tente vainement d’invoquer le mystique pour nourrir un suspense qui n’a finalement jamais eu lieu. Ambrosio perd pied et sombre, peu à peu, dans les abysses du péché, mais le spectateur ne sent plus véritablement concerné. La mise en scène reste bancale avec des plans en iris d’un mauvais goût et qui manquent de finesse.
 Le film pâtit cruellement d'une absence de cohésion et de rebondissements. Les ravissantes Joséphine Japy (tout juste auréolée de son bac de Français) et Déborah François, qui incarnent et nourrissent ce désir de chair que ressent Ambrosio, ne parviennent pas à être des éléments suffisamment perturbateurs pour sustenter le suspense. On tombe dans un thriller nauséeux.
La fin du film est d’ailleurs évocatrice de cette carence, tant elle est semblable à celle d’Incendie (2010), de Denis Villeneuve. Une comparaison nécessaire car édifiante. Alors qu'Incendies ravit, Le Moine ennuie.
Diego C.

dimanche 17 juillet 2011

I'm Still Here!

            Tout ceci n’était donc qu’un canular, un canular rudement mené par la caméra de Casey Affleck, et la performance remarquable d’un Joaquin Phoenix, plus que jamais métamorphosé.  Une métamorphose de physique et de style pour un registre qu’il connait peu, la comédie.  Une comédie qui aura tout de même nécessité près de deux ans de tournage, pour un résultat plus que réussi.
Deux ans de spéculations sur la prétendue retraite prise par Joaquin Phoenix en tant qu’acteur, pour une carrière de rappeur.

I’m Still Here  filme sa vie, celle d’un acteur au sommet de sa gloire, depuis qu’il a décidé de mettre un terme à sa carrière d’acteur pour emprunter  la voie du hip-hop. Mais, la voie a plutôt allure de sentier sinueux pour Joaquin. N’est pas rappeur qui veut.

I’m Still Here est un documentaire dont on sait trop vite qu’il est un canular. Le film avait suffisamment généré de spéculations en amont et les protagonistes s’étaient d’eux –mêmes dénoncés. Élaboré minutieusement par Casey Affleck, I’m Still Here  évincera  le doute dans l’esprit du spectateur quant à la réalité des faits. Il s’agit bien d’une fiction. Joaquin n’a pas l’intention de rapper, du moins pas trop souvent, tant mieux.  Ce film est une fiction car trop minutieux, trop bien ficelé, trop long et par moment trop exagéré par cet esprit un peu « Jackass » qui ternissent la vraisemblance du «  Documentaire de terrain ».

Pourtant, le film dégage cet aspect authentique et réel par cette justesse des plans filmés, centrés sur les visages des personnages. Agrémenté d’images d’archives de certaines déclarations de Joaquin sur des grandes chaines de télévision américaine, alors qu’il jouait son personnage,  le film parvient à nourrir une certaine crédibilité quant à ce changement de métier.

Mais, le film puise surtout sa force dans la réflexion qu’il nourrit. Difficile de se prononcer quant à son objectif. Est-il une critique dissimulée des médias ? L’épilogue d’un acteur adulé et le début d’une déchéance, d’une descente aux enfers ? Ou plus simplement  un aperçu du show business ? Probablement les trois à la fois ce qui nourrit son intérêt.

Et puis il y a les acteurs. Enrichi par de nombreuses  mais courtes apparitions de stars, le film offre une vision amusante et caricaturale du monde des célébrités. Ben Stiller, que  l’on connaît comique sur les planches, apparaît sérieux et ennuyeux.  P.Diddy à l’inverse, connu pour ses frasques plus violentes, est drôle, doux et joue juste. Mais c’est surtout Joaquin Phoenix qui éblouit. Loin de l’élégance qui l’avait caractérisée dans Two Lovers (2008), loin de la sobriété de La Nuit Nous appartient (2006), Joaquin se présente ici sous ses traits les plus méconnus parce que les plus grossiers. Ventre opulent, visage émacié, mine patibulaire, regard abattu, barbe broussailleuse, cheveux hirsutes et esprit tourmenté sont autant d’attributs de ce personnage qui voltige entre cocaïne et cannabis, prostituées et hôtels de luxe, rap et oisiveté. Aussi méconnaissable qu’hilarant, Joaquin Phoenix manie à la perfection autodérision et sincérité, confirmant ainsi, aux plus sceptiques d’entre nous, qu’il est avant tout un acteur, remarquable d’ailleurs.
Diego C.

mardi 12 juillet 2011

Hanna

            Après Pride & Prejudice (2005), Atonement (2007) et The Soloist (2009), Joe Wright présentait son tout nouveau film, Hanna, sorti le 6 juillet dernier.


           L’histoire d’une jeune adolescente de 16 ans, vivant recluse avec son père, Erik Heller, ancien agent de la CIA, aux fins fonds de la Finlande. Formée depuis son plus jeune âge par son père, Hanna a tout appris dans les encyclopédies ou les livres. Mais Hanna est aussi une combattante hors paire, parlant couramment cinq langues. Enfin mûre pour sa première mission, Hanna quitte son père qu’elle doit retrouver à Berlin. Pour la première fois dans sa jeune existence, Hanna va être livrée à elle-même. Elle y découvrira un monde extérieur rude et bien d’autres obstacles qui ne feront que, remettre en doute sa véritable identité, et solliciter ses techniques de combat, son art de la survie.


            Joe Wright se lançait ici un nouveau défi, le film d’action, une première pour lui, généralement habitué au mélodrame. Et une chose est sûre, il s’y prend déjà mieux.

            Accompagné d’une musique nerveuse, exclusivement composée par The Chemical Brothers, le début du film captive son audience et présente toutes les qualités du thriller réussi. Un lieu inconnu, désert, une actrice aussi jeune que talentueuse, Saoirse Ronan, qui n’en finit plus de surprendre et signe là un rôle sobre, d’une maturité déconcertante pour 17 ans, et une intrigue désarçonnante parce qu’énigmatique. De quoi s’attendre à un suspense et un dénouement tonitruant. Bref, Joe Wright était en passe de signer un Action movie digne de La Bourne Trilogy.

C’est malheureusement là qu’Hanna déçoit. Le film ne s’envole pas et l’intrigue reste finalement plate voire confuse. Cela manque sincèrement de fond. Les scènes de combat sont trop peu nombreuses pour un film de ce genre. Un dénouement qui clôt un scénario intriguant au départ, bâclé à l’arrivée. On reste sur sa faim, et sur cette fin plus que précipitée. Hanna laisse dès lors un goût d’inachevé.

Diego C.

lundi 11 juillet 2011

L'Assaut

L’année dernière, Julien Leclercq revenait sur nos écrans avec son troisième film, L’Assaut (2010). L’Assaut revient sur la dernière mission médiatique et héroïque menée par les membres du GIGN, entre le 24 et 26 décembre 1994, sur le bitume de l’aéroport de Marignane, à Marseille, alors que quatre terroristes du Groupe Islamique Armé (GIA) avaient pris les 220 passagers du vol Air France 8969, un Airbus A300, en otage. L’avion, en provenance d’Alger, avait pour destination Paris et fut contraint de faire escale à Marseille pour faire le plein de kérosène. Moment choisi par le GIGN pour intervenir.

Le film de Julien Leclercq jongle assez subtilement entre quatre histoires qui se complètent et se superposent. Le réalisateur plonge à la fois son spectateur au sein des forces d’élites françaises, des terroristes présents dans l’avion, des chefs d’état français et de la famille d’un membre du GIGN, incarné par Vincent Elbaz.
Alimenté par certaines images d’archive (rappelons que le véritable assaut fut diffusé en direct sur les chaînes de télévision française), le film présente ainsi toutes les facettes des parties impliquées dans ce qui restera, l’une des interventions militaires des plus ardues et des plus réussies du 20ème siècle. Julien Leclercq alterne agréablement entre documentaire et film d’action et résume ainsi parfaitement les rouages de toute cette affaire, aussi bien au sommet des institutions étatiques que sur le terrain.

Et le terrain est d’ailleurs l’une des réussites du film. Parce Julien Leclercq s’est grandement inspiré des véritables membres ayant composé cette intervention, et qu’il a tourné le film en totale collaboration avec le groupe d’intervention, les scènes d’actions deviennent réelles, d’une intensité haletante. Les terroristes n’échappent d’ailleurs pas à la règle, par leur jeu d’interprétation juste et jusqu’ « au-boutiste ». Les scènes d’action sont détonantes, énergiques et évitent tous les écueils du genre. Pas de bombes inutiles ou d’explosions grossières. L’action est précise, filmée de plans succincts et peu nombreux qui lui donnent cette dynamique nerveuse. Une justesse des plans à l’image de l’opération qu’elle décrit, précise et minutieuse, sans fioriture. L’assaut, à proprement parler, ravit et vaut certaines scènes d’action à l’américaine.

Mais voilà, en voulant trop s’inspirer des films américains, il a fallu, pour une raison obscure, y intégrer une quatrième histoire, dont Hollywood est généralement friand. Une quatrième histoire que l’on suit épisodiquement, en trame de fond. Vincent Elbaz est, certes, un homme dévoué à son métier, mais il est aussi un mari, dévoué à sa femme et son nouveau né. Le film plonge alors dans une histoire intimiste qui fait davantage office de préjudice. Une histoire insipide qui ternit énormément toutes les richesses dont il regorge. On tombe dans un pathos mièvre et inutile, qui donne, en plus, un air de déjà vu, dont le GIGN se serait allègrement passé. Le spectateur aussi. Dommage.

Diego C.